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Comment la science et l'assurance s'unissent pour lutter contre les risques d'inondation

A l'heure où les inondations sont au coeur de nos préoccupations, découvrez comment la science et l'assurance peuvent unir leurs forces pour limiter les risques de crue, et rester au service de toutes les personnes touchées. Enjeux environnementaux
25 mars 2016

Quarante-et-une.

C’est le nombre de stations du métro parisien qui fermeraient si une montée des eaux d’un niveau comparable à celui de la crue de la Seine de 1910 devait se produire.

En l’absence de canaux et réservoirs nécessaires, ce genre d’inondation pourrait causer autour de 30 milliards d’euros de dommages, sans parler des répercussions économiques et écologiques durables que subiraient la ville et ses alentours.
L’exercice EU Sequana, ou Opération Sequana (voir encart), constitue un effort sans précédent dont le but a été de simuler les effets d’une crue de la Seine similaire à celle de la grande inondation du siècle dernier, en 1910. Toutes les grandes organisations de l’Ile de France et de la région parisienne ont participé à cet exercice, y compris le Groupe AXA, AXA France et toutes les filiales présentes dans la zone concernée.

41 stations de métro… 30 milliards d’euros…

D’ou viennent ces chiffres ?

Paris lors de la grande crue de 1910

Un flot d’informations

Luciano Raso est chercheur et expert en gestion de l’eau. Soutenu depuis 2013 par le Fonds AXA pour la recherche, il analyse la Seine ainsi que des cours d’eau en Europe et en Afrique pour anticiper et mieux éviter les risques liés aux inondations.

Son travail commence souvent par l’étude et l’analyse des montées et baisses de niveaux d’eau. Mais il ne s’agit pas des seules données prises en compte. “Mon travail nécessite ce que les spécialistes appellent le management intégré de l’eau”, explique Raso. “Il s’agit d’une approche systémique. Comme le disait Galileo Galilei « On ne cueille pas une fleur sans perturber une étoile »…tout est lié.”

Son approche de données intégrées consiste à récolter des informations sur les niveaux de l’eau, les précipitations, les nappes phréatiques, l’humidité, la température, la consommation et autres données hydrologiques, à l’échelle aussi bien locale que globale. En assemblant ces données et ces modèles, il peut les extrapoler pour construire une variété de scénarios probables et les partager auprès des communautés concernées. Celles-ci peuvent ensuite se préparer aux plus optimistes comme au plus inquiétants des scénarios (comme la fermeture de 41 stations de métro dans le cas de la Seine).

C’est grâce à des scientifiques comme Luciano, qui contribuent à l’enrichissement des bases de données et des connaissances en gestion de l’eau et des risques d’inondations, qu’on peut mettre en place des exercices de simulation aussi réalistes et pertinents que Sequana.

Gérard Villard, responsable au sein du département de Prévention des Risques Opérationnels et Gestion de Crise d’AXA France, revient sur la mise en œuvre de cet exercice en tant que membre de l’équipe chargée de coordonner la stratégie d’AXA lors de la simulation Sequana: “C’était une grande première de travailler directement avec la Préfecture de Police de Paris, qui nous a fourni des informations détaillées et des données en continu sur la situation.”

Afin de créer les scenarios réalistes mis en scène lors de Sequana, des données récoltées par des scientifiques et chercheurs ont été rassemblées par L’institut National des Hautes Etudes de la Sécurité et de la Justice et le Secrétariat Général de la Zone de Défense et de Sécurité de Paris.

Des données massives pour des scenarios grandioses.

Selon Luciano il n’en reste pas moins que les bases de données ne sont jamais assez complètes et l’évaluation des risques d’inondation représente un véritable défi, en raison des “inconnues connues” (comme les variations des précipitations d’une année à l’autre) et des “inconnues inconnnues” (comme le rythme du changement climatique susceptible d’évoluer avec le temps).

Et encore, les bases de données seules ne suffisent pas, encore faut-il savoir comment les utiliser.

Il y a trois ans (c’est-à-dire une éternité dans le monde de la technologie), le futuriste Thornton May disait déjà : “Nous avons beaucoup de données disponibles. Ce n’est pas nouveau. Les leaders découvrent à peine l’importance des données. Avant, cela ne les concernait pas. Aujourd’hui ils veulent qu’elles soient vraiment utilisées – c’est cela qui a changé.”

Les compagnies d'assurance peuvent jouer un rôle important dans l'amélioration de la compréhension des risques d'inondations : en analysant les dommages causés par de précédentes inondations et en les confrontant avec les modèles développés par les chercheurs.

Les bases de données seules ne suffisent pas, encore faut-il savoir comment les utiliser.

Mathieu Choux dirige l'équipe de gestion des risques naturels au sein du Groupe AXA. L'une des missions principales de son service consiste à mesurer les risques liés aux catastrophes naturelles exceptionnelles, et d'estimer les pertes qu'elles engendreraient pour AXA.

Il est convaincu que la collaboration avec le monde scientifique est essentielle à l'amélioration de la compréhension des risques naturels. “Nous sommes particulièrement impliqués dans la collaboration avec le monde académique, nous avons, par exemple, lancé une initiative de recherche commune sur les modèles d’inondations au Royaume-Uni, en partenariat avec des équipes universitaires parisiennes spécialisées en mécanique des fluides"

Des secteurs liés, y compris dans leurs besoins.

Les données rassemblées pour les scenarios de Sequana et la simulation qui en a découlé ont d’ailleurs été bénéfiques pour AXA à court terme, notamment dans la préparation d’une logistique au sein de l’organisation en cas d’une inondation massive à Paris.

Les scenarios de Sequana ont prouvé que les activités vitales du Groupe seraient en mesure de fonctionner en cas d’une crue centennale. Malgré le fait que les entités du Groupe situées dans le centre de Paris seraient considérablement affectées par l’inondation, le travail pourrait continuer en réaffectant les équipes et ressources vers AXA France, en dehors de la zone atteinte.

“Grâce à ces données et à cette simulation (Sequana), nous avons pu voir que le siège d’AXA France, suffisamment éloigné du cœur de l’inondation, pourrait rester à l’abri de la catastrophe, et les employés chargés d’activités vitales pourraient se rendre dans ces bureaux pour poursuivre leur travail malgré la crue », précise Gérard.

Modéliser : une préoccupation commune

Mais il ne s’agit pas seulement de données : les modèles eux aussi représentent un intérêt commun entre chercheur et assureurs.

Luciano résume parfaitement cette idée: “Ce qu’on appelle « modèle » désigne une représentation de la réalité, une manière d’appréhender la complexité. La recherche peut apporter un éclairage sur leur valeur, leur fonction, leur utilité et ainsi de suite. Le fait que nous travaillions tous avec des modèles, dans le monde académique comme dans celui de l’assurance, prouve bien qu’il s’agit d’un élément commun propice à une collaboration.” Mathieu ajoute : “Si par exemple, un aspect particulier de la modélisation des risques d’inondations nous est inconnu, ou difficile à comprendre, cela peut donner lieu au lancement d’un nouveau projet de recherche.”

Cette dynamique donne lieu à des modélisations toujours plus proches de la réalité, qui servent des simulations comme Sequana (pour une représentation visuelle des effets d’une inondation massive comme celle connue en 1910 à Paris, voir la vidéo ci-dessous) et la préparation de scenarios précis permettant de protéger les communautés et de sauver des vies.

Mathieu conclut donc : “Nous essayons de trouver des manières de travailler ensemble qui profitent aussi bien à notre secteur qu’à la communauté scientifique.”

Découvrez comment le Fonds AXA pour la Recherche lance des initiatives globales à la pointe de la technologie dont la mission est de protéger et sauver des vies.

EU SEQUANA 2016

La dernière Crue Centennale de la Seine eut lieu en 1910, lorsque la Seine, saturée par les pluies hivernales, sortie de son lit et inonda la ville, allant jusqu’à atteindre huit mètre au-dessus de son biveau habituel à certains endroits. Dans les années qui suivirent, des efforts considérables furent faits pour renforcer la ville et son système de défense contre les inondations.

Cette année, une simulation complète dans toute la ville a été conduite, impliquant des centaines d’organisations du secteur public et privé (OIV – Opérateur d’importance vitale) y compris la Préfecture de Police (accompagnée de nombreuses forces policières et de protection civile), pompiers, services ambulancier et hospitalier, urgentistes, fournisseurs de gaz, d’électricité et d’eau, services banquiers et télécom, transports publics et bien d’autres.
Avec EU Sequana, c’est la première fois que la Préfecture de Paris organise et coordonne une simulation d’inondation d’une telle ampleur. Des alertes radio, flash info, et points réguliers sur le déroulement de la simulation, minute par minute, ont été mis en place afin de communiquer avec les personnes et nombreuses organisations participantes. Gérard Villard, responsable au sein de l’équipe Prévention de Risques et Gestion de Crise chez AXA France faisait partie de ces interlocuteurs et était chargé de coordonner l’organisation d’AXA face à la catastrophe. Gérard résume ainsi l’initiative: “Cette simulation représente une année et demie de travail en amont, et maintenant qu’elle est accomplie, la majorité des participants est satisfaite des résultats, principalement grâce au réalisme du scénario et des informations”.

Voici une liste non exhaustive des conséquences socio-économiques d’une crue centennale comparable à celle de 1910 à Paris :

-environ 900 000 individus affectés par la montée des eaux
-170 000 entreprises touchées, dont 58 000 dans la zone d’inondation même
-De 3 à 5 millions d’individus privés d’électricité au plus fort de la crue
-Au moins 70% du trafic du métro perturbé pendant 30 à 50 jours après l’inondation
-Au moins 50% du trafic RER perturbé pendant 30 à 50 jours après l’inondation
-Au moins 50% de l’accès à l’eau courante interrompu en banlieue
-Plus de 30 milliards d’euros de dommages
-Environ 60 milliards d’euros de perte du PIB sur 5 ans