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Chercheurs et explorateurs s'unissent pour lutter contre le changement climatique

Découvrez comment AXA et National Geographic ont su tirer des leçons de l'ouragan Katrina afin de lutter contre le changement climatique. Construire un monde résilient
19 janv. 2016

A partir de l'étude de l'ouragan Katrina à la Nouvelle-Orléans, trois chercheurs partagent leurs observations et enseignements sur les approches pour mieux prévenir et gérer les catastrophes naturelles dans le contexte du changement climatique aux niveaux individuel et collectif.

Adam Sobel, chercheur associé AXA, américain, Université de Columbia, Lamont-Doherty Earth Observatory, États-Unis

Le but des recherches d’Adam Sobel est de comprendre en profondeur la relation entre les événements météorologiques extrêmes et le climat dans lequel ils se produisent. Une des facettes de ses travaux consiste à détecter les tendances mondiales prévisibles de multiples types d'événements météorologiques extrêmes. Il utilise également une méthode novatrice pour démêler l'interaction des nuages et la circulation à grande échelle dans de fortes précipitations modélisées par informatique.
Dans leurs travaux, Adam et son équipe visent à la fois à accroître la compréhension fondamentale des processus atmosphériques et à mieux quantifier les risques sociétaux d’événements météorologiques extrêmes.

Les événements météorologiques extrêmes liés au changement climatique vont jouer un rôle croissant dans l'avenir du monde. Comment pouvons-nous protéger les communautés côtières exposées à ces phénomènes météorologiques ?

« Dans nos travaux, nous essayons de comprendre les ouragans et d’évaluer la probabilité que d’autres catastrophes comme Katrina aient lieu ».

Les ouragans vont devenir plus puissants à cause du réchauffement climatique. Ils peuvent être extrêmement destructeurs à cause du vent et de la pluie, mais ce sont les vagues et des tempêtes qui tuent le plus de personnes.
Comment pouvons-nous protéger les populations ? La préparation de court terme ne suffit pas. Il faut planifier à l'avance sur le long terme, en calculant les risques.

Le barrage anti-tempête est un mur de plus de 3 kilomètres de long et de 9 mètres de haut, conçu pour protéger la Nouvelle-Orléans de l’eau dans l’éventualité d’un autre ouragan. Qu'en est-il du coût de sa construction et de son impact sur l'écosystème ? L’évaluation des risques consiste à mesurer les coûts et les avantages afin de prendre la décision de construire ou non une structure de ce type. Le projet de recherche que je conduis avec AXA consiste à découvrir les modèles de ces événements extrêmes.

Nous devons comprendre ces modèles, et pas seulement les changements liés au climat à un endroit précis. Il nous faut comprendre en quoi les événements extrêmes ayant lieu dans différentes régions de notre planète sont liés entre eux. À long terme, nous devons mieux planifier nos réponses face aux risques auxquels nous nous savons confrontés dans un climat changeant. Cela peut inclure des solutions d'ingénierie, des changements d’infrastructures, mais aussi une prise de conscience de ce que la science nous dit : « Il est possible de réduire le fardeau que nous laissons aux générations futures ».
Le climatologue conduit ses recherches car elles sont fascinantes, mais aussi parce que l'atmosphère dans laquelle nous vivons importe aux populations de la planète entière.


Katrina BROWN, chercheur associé AXA, anglaise, Université d’Exeter, Royaume-Uni

En 2005, l'ouragan Katrina a chassé 400.000 personnes de la côte entourant la Nouvelle-Orléans. Comment pouvons-nous mieux protéger les populations ? Comment réduire l'impact d'une telle catastrophe ? En apprenant à bâtir des communautés plus résilientes. Un demi-milliard d’hommes et de femmes dans le monde vivent dans des régions comme le delta du Mississippi : ils sont en danger en raison des impacts du changement climatique. Mais cet impact sur les populations dépend aussi de la façon dont ils construisent leur résilience, elle-même dépendante de nos nouvelles façons de faire face au changement : difficultés économiques, changements sociaux et culturels.

Il y a trois dimensions importantes dans la résilience : la capacité à rebondir après une catastrophe (assistance), la capacité d'adaptation au changement (rester forts ensemble) et la capacité à changer pour faire face à l'avenir (se réunir autour d’un même objectif).

Ces expériences sont extrêmement brutales et récentes. Pourtant, toutes les personnes que nous avons rencontrées débordaient d'espoir pour l'avenir et d’engagement pour leur ville. Ils se sont battus, en travaillant ensemble en tant que communauté. Chaque catastrophe tire une sonnette d’alarme. Il faut partir, puis revenir et reconstruire. Il s’agit de bâtir des liens sociaux forts et une solide confiance au sein de la communauté. Cela demande du courage, de la persévérance, de l’espoir et un travail acharné : Il faut se rassembler et remettre en question ce qui nous rend vulnérables.

La résilience n’est pas synonyme d’extinction de toute vulnérabilité. En réalité, la vulnérabilité est l'une des choses qui nous rend humains. Il s’agit d’identifier ce qui nous rend vulnérables et les façons dont nous pouvons agir en conséquence. Il est important de conduire des recherches sur les façons dont on peut prendre des décisions et dont les populations seront en mesure de faire face à ces changements.

Uwe Ulbrich, Professeur en météorologie de la Freie Universität Berlin, Allemagne

Le professeur Uwe Ulbrich plaide pour une collaboration plus étroite entre la météorologie, l'hydrologie, la physique et la gestion des risques, afin d'aider les pouvoirs publics et la société civile à obtenir une meilleure approche de l’adaptation au changement climatique, et une vision plus large de ce qui est en jeu en termes de dommages pour les communautés côtières.
Cette analyse de modèles servira de base à l'estimation des probabilités conjointes de l'apparition de combinaisons de modèles hydro-météorologiques sujets aux inondations et pour évaluer les dommages liés au bassin de ruissellement, ouvrant de nouvelles perspectives pour les communautés faisant face à des risques d'inondation.

Augmentation des risques d'inondation : 80% de la ville de la Nouvelle-Orléans a été inondée. L’avenir climatique est incertain.
« Cela a dû être cauchemar : ils n’avaient pas estimé le risque qu’un ouragan frappe cette zone en particulier ».

C’est la combinaison d'événements extrêmes qui est particulièrement dangereuse. Cette combinaison peut influencer notre capacité à réagir face à un tel événement. Mes travaux sont basés sur l’idée que la science naturelle comprend mieux le climat, car les lois de la physique peuvent nous aider à appréhender la direction que prennent le climat et ces événements particuliers.
Mais jusqu'à présent, les différents domaines scientifiques ont été divisés : la météorologie, l'hydrologie, l'évaluation des risques face à des dégâts demeurent séparés. Pour rendre service à la société, il est nécessaire de construire des ponts entre les différentes disciplines scientifiques concernées, depuis l'événement naturel jusqu’aux dommages. En combinant ces différents aspects, on pourra produire une meilleure vision de ce qui peut arriver. On sera ainsi en mesure de prévoir la gravité d’un événement, d’en mesurer le danger et de décider des solutions techniques à mettre en place.

Dans une période de changement climatique, c’est l’adaptabilité qui importe, la capacité à prendre en considération les changements potentiels. Le défi qui me motive est intéressant en termes de science naturelle, mais il est également applicable à la société et aux personnes, pour une approche plus globale du problème.