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Mexique : une nouvelle culture du changement climatique

Enjeux environnementaux
17 janv. 2016

Le Mexique et ses PME sont particulièrement vulnérables aux effets du changement climatique. Selon « Business Unusual » - un rapport AXA publié en collaboration avec les Principes pour une assurance durable et l’Initiative financière du Programme des Nations Unies pour l’environnement - dans les marchés émergents comme le Mexique, 66% des PME subissent déjà les effets du changement climatique, 11% d’entre elles étant « très touchées ». De plus, 84% des personnes interrogées estiment que les conséquences du changement climatique représentent un risque croissant et de long terme pour leur entreprise.
Selon le même rapport, l’urbanisation rapide de la population mexicaine la rend encore plus vulnérable au changement climatique, tandis que les villes concentrent leurs risques et actifs sur des zones restreintes (rendant les événements météorologiques extrêmes encore plus dommageables).

La ville de Mexico, l’une des mégalopoles les plus grandes et exposées du monde, est particulièrement concernée.
Rodrigo Chamery partage ces inquiétudes. En tant que directeur de la Chambre de Commerce de Tlalpan, un quartier du sud de la ville de Mexico, il est le fer de lance d'un programme d'atténuation et d’adaptation du changement climatique visant spécifiquement les PME locales, inspiré par la récente législation environnementale du Mexique et les recommandations d’institutions telles que la Banque internationale pour la reconstruction et le développement.
« Le gouvernement a établi des objectifs ambitieux, tels que l’augmentation de la part d’énergies renouvelables dans le mix énergétique », dit-il.

L'équipe de Chamery à la Chambre de Commerce est chargée d'établir des objectifs liés au changement climatique, et son groupe de travail organise des ateliers et des conférences sur la façon dont les processus de production peuvent être rendus plus durables, avec des participants aussi variés que des PDG, des vendeurs, des chefs de bureau et des ouvriers d’usine.
« L'idée est de créer une dynamique positive afin que les participants continuent d'agir d'une manière respectueuse de l'environnement - même quand ils quittent leur lieu de travail », explique Chamery.

Le programme a reçu la participation et l'adhésion de près de 40 grandes entreprises, dont Wal-Mart de México, Coca Cola Femsa, General Motors México, BMW México, Novartis Farmacéutica, Grupo Pepsico México, Nestlé, Nissan de México et Audi México, ainsi que de nombreuses PME locales et nationales. Celles-ci ont collectivement réduit leur consommation d'électricité, leurs émissions de gaz à effet de serre et ont amélioré la gestion de leurs déchets solides.

Le Mexique a toujours été victime de phénomènes météorologiques extrêmes tels que les ouragans, la fréquence et l'intensité de ces tempêtes augmentant de façon spectaculaire au cours des dernières décennies. Par conséquent, les Mexicains sont particulièrement conscients de l'impact du réchauffement climatique, et le pays a mis en place plusieurs plans d'action afin de se prémunir contre ces tempêtes très sévères. Par exemple, certaines parties du littoral plus susceptibles d’être ravagées par les ouragans ont été récemment renforcées. Les résidents de ces zones sont évacués trois jours avant que la tempête n’atteigne la côte, et l'armée est ensuite déployée pour aider aux travaux de reconstruction.

Le vote de la législation spéciale sur le changement climatique a eu lieu il y a trois ans. La bien nommée Ley de Cambio Climático (littéralement « loi du changement climatique ») annonce un objectif ambitieux : faire baisser les émissions de gaz à effet de serre du pays de 20% d'ici à 2020, et de 50% trente ans plus tard, en 2050. Les autorités centrales, régionales et locales doivent concevoir des programmes sur six ans pour mettre en œuvre des plans d'adaptation et d'atténuation. La loi comprend des domaines tels que la gestion des déchets solides, l'agriculture durable et la conservation des ressources naturelles.

Le Mexique fait partie d’un des premiers pays disposant d’une législation sur le changement climatique d’une telle envergure, quelques années seulement après que l'Europe a annoncé en 2009 ses célèbres objectifs de 2020 (ce texte de loi aborde la réduction des émissions de gaz à effet de serre de 20% par rapport aux niveaux de 1990, la génération de 20% de l'énergie grâce aux énergies renouvelables et une augmentation de 20% de l'efficacité énergétique).

En outre, une grande partie des entreprises du Mexique, les plus touchées par les ouragans, comme les fermes, les hôtels et les entreprises de logistique, ont mis au point leurs propres plans d'action, même si elles ne sont pas en mesure d'assister à des ateliers comme ceux organisés par Chamery. Beaucoup d'entreprises de logistique ont désormais décidé de suspendre totalement leurs services lorsqu’une tempête approche, mettant les conducteurs et les camions en sécurité, et un grand nombre de ces organisations ont relocalisé leurs centres de distribution loin des zones sujettes aux tempêtes.

Bien sûr, ni les agriculteurs, ni les hôtels ne peuvent facilement déménager leur activité. Beaucoup d’entre eux ont donc mis en œuvre des stratégies détaillées d'atténuation. Par exemple, un nombre croissant d’agriculteurs se lancent dans l'agriculture durable, pour protéger le sol contre l'érosion. Et de nombreux hôtels commencent à produire au moins une partie de leur électricité grâce aux énergies renouvelables. En outre, beaucoup d’agriculteurs et d’hôtels contractent des assurances couvrant les effets des ouragans (AXA ClimateSecure est l’une des sociétés décidées à offrir ce service à des entreprises mexicaines dans un avenir proche, voir l’encadré).

Mais ces efforts ne sont encore qu’une goutte d’eau dans l'océan, surtout en matière d'agriculture, l’un des plus importants secteurs du pays. Un « leader urbain » mexicain le résume avec une clarté douloureuse dans le rapport « Business Unusual » : « Tous les problèmes causés par les changements climatiques génèrent des impacts économiques et sociaux... Avec moins d'eau pour l'irrigation agricole, les zones de cultures sont réduites, ce qui signifie que nous avons moins de possibilités d'emploi. Nous produisons alors moins, ce qui conduit à un manque de fourrage pour le bétail et donc à une pénurie de bétail. Tout cela génère de la migration ».

Il y a encore beaucoup à faire.
Chamery explique que les réticences de certaines entreprises mexicaines ne viennent pas nécessairement d’un manque de ressources : il s’agit généralement d’une question de culture. Le Mexique est un marché émergent, et de nombreux entrepreneurs se concentrent en priorité sur le développement et la croissance de leur entreprise. Il est particulièrement difficile de convaincre les petites et moyennes organisations, continue Chamery.

Or ces dernières représentent plus de 99% des entreprises du pays, générant environ 52% du PIB et employant plus de 70% de la population active. « C’est là où le gouvernement, les institutions internationales et les banques devraient agir - en leur offrant des crédits bon marché et des remises d'impôts », ajoute-t-il.

La législation environnementale du pays comprend des plans pour des remises d'impôt, ainsi que d'autres mesures importantes, en commençant par les bâtiments gouvernementaux eux-mêmes. De nouveaux règlements stipulent que ces derniers doivent générer au moins 6% de leur électricité à partir de sources renouvelables. Et de nombreux bâtiments gouvernementaux récents disposent désormais d’« azoteas verdes » (des toits verts).
En savoir plus sur greenroofs.com.

ClimateSecure est encore une exception : la start-up française offre une assurance innovante contre les effets du changement climatique.

« Les entrepreneurs européens commencent seulement à comprendre l'impact possible du changement climatique sur leur activité », explique Nassim Amara, directeur des ventes de ClimateSecure. Il poursuit en expliquant que le marché européen de ces services, comparativement à celui des États-Unis par exemple, est loin d'être mature. « Mais d’ici cinq ans, le marché aura pris de l'ampleur », ajoute-il.

ClimateSecure est une joint-venture du fonds global de capital-risque AXA Strategic Ventures et de la société de conseil en météorologie Climpact-Metnext. Le champ d'activité de la start-up comprend l'analyse de l'exposition aux risques liés au changement climatique d'une organisation et propose des mesures pour réduire un ensemble de risques climatiques, afin d’offrir une assurance contre les risques restants. Les paramètres de risques comprennent la température, la force du vent, la quantité de pluie et de soleil, les rendements, etc.

Nassim Amara espère finaliser des accords avec les premiers clients de la start-up dans un avenir proche (il est en contact avec au moins une entreprise mexicaine) et traite avec trois d'entre eux, qui sont sur le point d'être confirmés.
L’agriculture est un secteur particulièrement exposé aux risques du changement climatique. ClimateSecure offre une assurance contre la diminution du rendement, en payant un certain montant par tonne perdue par hectare. Et il y existe d'autres clients potentiels, moins évidents. Par exemple, les producteurs d'énergie et de vêtements pourraient bénéficier d'une assurance contre les hivers chauds, les premiers car les consommateurs utiliseraient moins de chauffage, et les seconds car les collections d'hiver génèrent une marge de profit beaucoup plus élevée que les collections d'été.

ClimateSecure proposera également ses services à plusieurs aéroports. Les phénomènes climatiques extrêmes - à savoir des étés très chauds et des hivers très froids - sont de plus en plus probables, et les aéroports devront augmenter leur couverture en assurance contre les fortes chutes de neige et/ou des températures très basses. L’assurance couvrirait également, entre autres choses, le dégivrage des avions et du tarmac.

Les parcs d'attractions sont également très dépendants de la météo, en particulier pendant les jours fériés, lorsque le nombre de visiteurs est exceptionnellement élevé. ClimateSecure peut offrir une couverture qui paie un certain montant par 0,1 mm de pluie, à partir du deuxième jour de pluie pendant les week-ends. Une assurance du divertissement, en quelque sorte.